20 AOUT 2010

Pannes d’ascenseurs : les fausses bonnes idées de la région !

Écrit par Sophie Deschiens

Le règlement intérieur de notre assemblée prévoit qu’à chaque séance
plénière une proposition de délibération puisse être présentée par un
groupe de conseillers régionaux.

C’est ainsi que le Groupe Socialiste a présenté à la plénière de juin
dernier un projet de délibération intitulé « Pour une régulation
publique de l’entretien et la maintenance des ascenseurs du parc
social d’Ile-de-France ».

En son article 1er, il y est proposé de confier à l’Institut
d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile-de-France, la mission de collecter
des données concernant la situation du parc d’ascenseurs dans les
immeubles sociaux franciliens.

En son article 2, il y est demandé d’étudier la faisabilité et les
modalités de création d’un nouvel opérateur sur le marché francilien
des ascenseurs qui serait ainsi chargé de proposer aux bailleurs
sociaux une offre d’entretien et de maintenance de leur parc
d’ascenseurs en constituant un stock de pièces de rechange.

Le Groupe Socialiste a mis en exergue lors de sa présentation, à la
fois en commissions et devant l’assemblée délibérante, « la
défaillance » des ascensoristes, ceux-ci, « ne respectant que fort
médiocrement leurs engagements en matière d’entretien et de
maintenance du parc existant, ce qui provoque un taux de pannes
récurrentes anormalement élevé et, bien sûr, une exaspération
croissante des habitants ».

S’il peut paraitre à toutes et à tous tout à fait honorable de vouloir
s’investir dans ce domaine ô combien crucial pour la vie quotidienne
de nos concitoyens, tout comme d’avoir la volonté de lutter contre le
fléau que représentent les immobilisations répétées des ascenseurs,
il n’en demeure que cette louable initiative n’est en réalité qu’un
leurre que le Groupe Majorité Présidentielle n’a pas manqué de
dénoncer.

Tout d’abord sur la forme, car, soyons clairs, il ne s’agissait ici de
la part du Groupe Socialiste que, et uniquement, de faire le procès
des ascensoristes, plus particulièrement des 4 grands opérateurs
historiques, nommément cités et invectivés, en réfutant l’existence
dans notre Région de plus de 20 PME, employant pas moins de 20 000
collaborateurs ; ceux-ci apprécieront…

Par là suite sur le fond, cette délibération était incomplète pour
plusieurs raisons.

D’une part, car elle ne concernait que les ascenseurs du parc social
alors que les copropriétés en difficulté, pourtant par ailleurs
soutenues financièrement par la Région, devaient être à nos yeux les
premières concernées puisque pour la plupart elles ne bénéficient plus
depuis longtemps de syndic dont le rôle est d’assurer l’interface avec
les ascensoristes, rôle d’ores et déjà assuré par les bailleurs
sociaux et leurs directions techniques.

Sur ce sujet particulier, nous avons finalement assisté à une
intéressante pirouette du Groupe Socialiste qui, après avoir méprisé
et rejeté comme à son habitude la proposition d’élargir cette étude
aux copropriétés en difficulté que j’avais défendue, au nom de notre
Groupe, d’abord en Commission de l’Aménagement du Territoire puis en
Commission du Logement, a été contraint de l’accepter en séance sous
la pression de ses alliés Verts.

Il est vrai que persister dans le refus qui nous avait été signifié en
commissions, pour de simples raisons idéologiques et partisanes,
occultant ainsi l’intérêt général, aurait été particulièrement mal
compris de ces propriétaires. Nous nous honorons d’avoir défendu leurs
intérêts et d’avoir ainsi finalement obtenu que la délibération soit
amendée en ce sens.

D’autre part, car il ne s’agit que d’une étude visant à recenser le
nombre de pannes sans pour autant rechercher à en cerner toutes les
causes et raisons comme, à titre d’exemples, les données sur le
vandalisme ou les difficultés d’intervention auxquelles l’ensemble de
la profession est quotidiennement confronté.

Mieux encore, il est fait totalement abstraction de l’importante
ancienneté du parc qui explique, pour partie, les problèmes
d’approvisionnement en pièces détachées, celles-ci n’étant plus, pour
certaines, commercialisées et nécessitant des délais importants de
fabrication.

Durant les commissions, puis en séance, j’ai également fait valoir la
position de notre Groupe sur l’intérêt de réaliser une étude
impartiale, approfondie et prenant bien en compte l’ensemble des
paramètres et facteurs qui ont mené à la situation que vivent
quotidiennement certains de nos concitoyens, ce que, je tiens à le
préciser à nouveau, nous déplorons et ne nions en aucun cas.

Force est de constater que nos propositions d’amélioration du cahier
des charges de la commande qui sera prochainement passée à l’IAURIF
ont toutes été rejetées  Ces propositions de bon sens et de bonne
utilisation des deniers publics balayées, nous ne pouvions voter pour
cette délibération car nous estimons que les données recensées ne
permettront nullement aux acteurs publics de mettre en place une
politique efficace.

Enfin, nous nous sommes farouchement opposés à la création, par la
Région, d’un nouvel opérateur public car il n’est pas dans le rôle
d’une collectivité de se substituer à des entreprises privées,
d’autant qu’il existe, je le répète,  sur le territoire francilien
plus de 20 PME outre les 4 grands opérateurs historiques, dont le
métier est d’entretenir et de moderniser nos ascenseurs.

De plus, outre les difficultés techniques auxquelles ce nouvel
opérateur se trouverait également confronté, il ne manquerait pas de
supporter un coût financier et économique lourd  lorsqu’il serait
amené à constituer le stock permanent de nombreuses pièces détachées,
coût qui serait immanquablement transféré dans sa totalité au budget
régional et par là même sur le contribuable francilien, ce que nous
refusons catégoriquement de cautionner.

En revanche, nous avons appelé l’exécutif, car là est sa vraie
mission, à développer la formation professionnelle des techniciens
ascensoristes ce qui permettrait dans le cadre des recrutements opérés
par l’ensemble de la profession de soutenir encore plus le Plan Espoir
Banlieue de Fadela AMARA, dont la Fédération des ascensoristes est
signataire. Il est intéressant de rappeler ici que 5000 jeunes ont
ainsi été recrutés par la profession.

Curieusement, alors que le rapport final de la mission d’information
et d’évaluation du Conseil de Paris, sur lequel le Groupe Socialiste
s’est  appuyé pour étayer son propos, appelle également à améliorer le
nombre et la qualité de ces formations, ce simple amendement nous a
également été refusé.

Vous aurez compris que dans le cas du Conseil de Paris, cette
recommandation émanait de leur majorité alors que dans le cas de la
Région Ile-de-France, elle émanait de notre Groupe, donc de leur
opposition, ce qui, en dépit de toute logique, constitue le seul et
unique motif de rejet, faisant fi à nouveau de l’intérêt général.
Cherchez l’erreur !

En conclusion, nous assistons à un réel problème de société et nous
sommes persuadés que la situation ne pourra s’améliorer que dans le
consensus que nous avons vainement prôné lors de cette séance.
L’amélioration du fonctionnement des ascenseurs que nous appelons de
nos vœux dépendra majoritairement de l’effort d’investissement à
réaliser par les bailleurs pour rénover et moderniser leur parc dont
nous savons que sur l’ensemble du territoire national, celui de
l’Ile-de-France est le plus ancien : 75 % ont plus de 30 ans.